Ce n’est pas sur une autre planète que je suis arrivé, mais bien en France, dans une région que l’on nomme les Cévennes. Ici, tout semble dialoguer avec le silence. Vous y découvrirez ce qui, pour moi, incarne l’âme de ce territoire : cette terre que j’ai traversée durant quatre jours de rencontres artistiques et humaines, mais aussi de rencontres avec ses végétaux, sa nature indocile, son climat changeant et ses reliefs qui portent, la trace de ceux qui y habitent encore et toujours. Les Cévennes offrent des contrastes qui frappent immédiatement : les grands plateaux balayés par le vent succèdent à des vallées abruptes où les pierres granitiques dressent leurs formes insolentes, comme autant de défis lancés à la gravitation. Certaines se tiennent là, isolées, tel un cheval de Troie perdu, figé dans un combat dont personne ne connaît plus l’issue. Et puis il y a la brume. Cette brume que nous avons cherchée par monts et par vaux, espérant surprendre la lumière au moment précis où elle hésite, où elle flotte avant de se déposer. Dans ces lieux préservés, elle enveloppe tout d’un voile discret, adoucit les angles, efface les distances et transforme les crêtes en mirages. Elle révèle autant qu’elle dissimule, comme si les Cévennes ne livraient jamais totalement leur vérité mais seulement des fragments, offerts à ceux qui prennent le temps de regarder. Ces images sont donc moins un reportage qu’un cheminement : une manière de laisser les Cévennes parler leur propre langue, faite d’ombre et de lumière, de solitude, de rugosité et d’une douceur inattendue. Elles témoignent de ce que ce territoire inscrit en nous lorsque nous acceptons de nous y laisser traverser.